Le concept du shareware est né aux Etats Unis en 1982, environ un an après
l'apparition du PC d'IBM. A cette époque la plupart des logiciels coûtaient
plus de 3000F et les éditeurs essayaient par tous les moyens de protéger leurs
logiciels contre le piratage. Les utilisateurs, agacés par ces protections,
estimaient que les éditeurs feraient mieux de diminuer leurs prix afin de
rendre les logiciels plus abordables. C'est alors que deux hommes, Andrew
Fluegelman et Jim
Button, apportent indépendamment l'un de l'autre une solution aux prix
élevés. Andrew Fluegelman, un juriste de San Fransisco et éditeur de PC Magazine,
ne trouvant pas de logiciel adapté à ses besoins, écrivit un programme de
communications sur PC qu'il appella PC Talk. Il commença à le distribuer partout,
invitant les utilisateurs à l'essayer et à payer une redevance s'ils décidaient
de l'adopter pour un usage régulier. Par ailleurs, il les encouragait à en
faire des copies afin que leurs amis et collègues puissent à leur tour l'essayer.
(* Il utilise alors le terme "Freeware" pour nommer ce mode de distribution.)
De son côté, Jim Button, qui travaillait pour IBM à Seattle, distribuait à
ses amis et collègues un gestionnaire de bases de données appelé Easy-file.
Il demandait à ceux qui appréciaient son programme de lui verser une redevance
de $10 pour s'enregistrer et obtenir les mises à jour. En Août 1982 après
que l'un des utilisateurs de Easy-file lui eut parlé de PC Talk, Jim Button
contacte Andrew Fluegelman. Ils se mettent d'acord pour coordonner la promotion
de leurs logiciels, fixent le prix de l'enregistrement à $25 et, afin de renforcer
le rapprochement avec PC Talk, Easy-file devient PC File.
Certains prenaient ces pionniers pour des doux-dingues et croyaient que l'idée
était vouée à l'échec, mais les utilisateurs étaient ravis de pouvoir accéder
à des logiciels de qualité au moindre coût et ce fut un succès.
De nombreux auteurs adoptèrent rapidement ce mode de distribution dont un
certain Bob Wallace qui avait décidé d'écrire un traitement de textes qu'il
appela PC Write afin de mettre l'accent sur la similitude de distribution
avec PC Talk et PC File. Mais au lieu de demander simplement aux utilisateurs
de payer la redevance s'ils adoptaient le logiciel, il leur disait que s'ils
utilisaient le programme ils devaient payer. (*Le terme "Freeware" ayant été
déposé par Andrew Fluegelman, Bob Wallace choisit celui de "Shareware". Terme
qui grâce à la puissance de l'Association of Shareware Professionals
fut normalisé en 1988.)
Malgré le nombre croissant des réseaux de groupements d'utilisateurs et
des BBS, les canaux de distribution de ces logiciels étaient limités. D'ailleurs,
très peu d'utilisateurs possédaient un modem et il fallait trouver d'autres
moyens de diffusion. Le premier distributeur de logiciels shareware sur
disquettes, PC-SIG, commença à acheter les disquettes disponibles dans les
bibliothèques des groupes d'utilisateurs afin de revendre des copies. En
1982, Nelson Ford ayant déjà commencé à distribuer des disquettes aux lecteurs
de la revue "Softalk", décida de créer une lettre appelée "Public
software Library" (PsL) qui distribuait les logiciels décrits. Devant
le succès du shareware de nombreux autres distributeurs virent le jour,
ce qui à première vue était une bonne chose. Malheureusement, certains ternissaient
l'image du shareware en distribuant n'importe quoi: versions périmées, logiciels
bridés quand ce n'était pas des copies piratées. D'ailleurs, ils oubliaient
souvent de préciser le statut du logiciel et le fait qu'il fallait payer
une redevance aux auteurs.
Il fallut attendre 1986 avant que le shareware n'arrive en force sur le
marché Européen et 1990 avant de voir naître le premier distributeur français
digne de ce nom: DP Tool Club. Logiquement ce fut en majorité des oeuvres
américaines qu'on proposait mais aujourd'hui l'utilisateur français a à
sa disposition de nombreux sharewares en langue française d'excellente qualité.
On ne peut pas parler de la naissance et de l'essor du shareware sans parler de l'ASP. Face aux problèmes posés par les agissements de certains distributeurs et soucieux d'améliorer la réputation du shareware, Nelson Ford et PsL organisèrent une convention du shareware en 1987 à Houston.
Etablir des standards de professionnalisme pour les auteurs et distributeurs de shareware.
Eduquer les utilisateurs et en particulier œuvrer contre la publicité mensongère de certains distributeurs.
Partager les ressources et les informations entre les membres.
C'est la puissance de l'ASP qui a permis de normaliser le terme "Shareware"
en 1988 et ensuite d'empêcher ceux qui essayèrent de déposer le mot shareware
comme une marque.
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