Ce document présente les différents moyens de protection juridique. Il n'est
pas exhaustif car le sujet est vaste et notre préoccupation principale est d'essayer
d'apporter des débuts de réponses aux questions que peuvent se poser les auteurs
de shareware. L'AFAS décline toute responsabilité au cas où les professionnels
du droit (magistrats, avocats, etc...) interpréteraient différemment les textes
cités.
Il existe en France un ensemble de droits "privatifs" et "non privatifs" qui
protègent les logiciels:
Droits
privatifs
Brevet
Formalité préalable :
Dépôt à l'INPI d'un brevet: protège les inventions ayant une application industrielle, donc éventuellement une machine programmée d'une nouvelle manière ou programmée pour effectuer de nouvelles applications.
Dessins et modèles
Formalité préalable : Dépôt d'un enregistrement à l'INPI Protège les formes nouvelles et distinctives, donc l'aspect télévisuel nouveau et distinctif d'un logiciel
Droit d'auteur
Aucune formalité
Protège toute création - sans formalités - sous réserve qu'elle soit "originale"
Droit des marques
Formalité : Enregistrement à l'INPI Protège tous les signes distinctifs nouveaux qui permettent d'identifier un logiciel
Topographies
Formalité préable : Dépôt à l'INPI Protège tout logiciel intégré dans une nouvelle topographie de semi-conducteur
Droit Civil
a) Concurrence déloyale pour parasitisme ou confusion
b) Enrichissement sans cause
c) Obligation contractuelle de non divulgation (nécessite un contrat)
Droit pénal
a) Vol
b) Abus de confiance
c) Secret de fabrication
Les droits privatifs autres que le droit d'auteur semblent peu indiqués dans le cas d'un logiciel shareware. Les démarches et le coût d'un dépôt auprès de l'INPI sont souvent lourds.
Le Droit d'Auteur
La protection juridique des logiciels est régie par la Directive européenne sur la protection juridique des programmes d'ordinateurs depuis le 1er Janvier 1992. Pour se conformer à cette directive, les dispositions relatives aux logiciels du Code de la propriété intellectuelle ont été modifiées par la loi n°94-361 du 10 mai 1994.
Mais, en dehors des dispositions particulières posées par ces articles du Code de la propriété intellectuelle, les logiciels restent soumis aux dispositions générales du droit d'auteur.
Le droit d'auteur est le droit commun des logiciels car il offre une protection juridique élémentaire aux logiciels Français. Et ce, non seulement sur le plan national, mais surtout sur le plan international grâce à la Convention de Berne et la Convention universelle. De plus, il n'y a pas de formalités ni de frais et il n'interdit pas le recours à d'autres droits! On peut dire alors qu'il s'agit d'une protection de base à ne négliger en aucun cas. Mais disons le tout de suite, le droit d'auteur protège l'expression des idées et pas les idées elles-mêmes.
Sous Quelles Conditions ?
Les conditions requises pour qu'un logiciel soit protégé par le droit d'auteur.
L'originalité.
Pour bénéficier de la protection du droit d'auteur un logiciel doit être original.
Ici «orignalité» n'est pas synonyme d'activité inventive ou de nouveauté car le droit d'auteur n'a pas pour objet l'encouragement de la création, mais la protection de la «personalité» de l'auteur telle qu'elle s'exprime à travers son oeuvre. Selon la Directive Européenne, un logiciel est original «s'il est la création intellectuelle propre à son auteur» (art. 1er, al.3). Cela veut dire que même si vous créez une 1000ème variation de Tetris (pitié!) il sera considéré comme étant original si c'est le résultat de vos propres cogitations!
Un logiciel n'est pas original s'il ne fait que reproduire un logiciel préexistant, ou si sa forme - interne ou externe - est imposée par des contraintes fonctionnelles ou légales que l'auteur n'a pas pu infléchir et marquer de sa personalité. Par contraintes fonctionnelles on pense à certains éléments comme les états d'un logiciel de compta, mais en réalité 98% des logiciels peuvent prétendre à la protection du droit d'auteur.
Les Formalités
Les formalités : il n'y en a pas ! Le droit d'auteur protège toutes les oeuvres originales dès leur conception, indépendament de leur divulgation, sans formalités et sans dépôt.
Mais attention. La loi institue une présomption de titularité des droits au profit de la personne sous le nom duquel le logiciel est divulgué (art. L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle). C'est pourquoi il faut toujours mettre une notice de Copyright - le sigle " c encerclé" ou le terme «Copyright», suivi du nom de l'auteur (ou de son ayant droit) et la date de création et les éventuelles mises à jour. Et ce, sur tous les éléments du logiciel - sources, documentation, etc.
Exemple:
Monlogiciel Ver 4.0 Copyright moi-même, 1994, 1995, 1996, 1997
Pour disposer d'une date certaine de création du logiciel afin de pouvoir démontrer son antériorité en cas de litige, on peut déposer une copie auprès d'une société spécialisée, d'une association ou d'une société d'auteur.
Mais il faudrait que le dépôt soit accompagné par un chèque d'un montant plus ou moins élevé et, vu que le dépôt n'est pas obligatoire et n'est pas constitutif de droits, on peut se demander si cela en vaut vraiment la peine et s'il y a pas d'autres alternatives.
Le Champs de la Protection du Droit d'Auteur
Selon l'arrêté du 22 décembre 1983 (JO, 19 février 1984) relatif à l'enrichissement de la langue française, un logiciel est «un ensemble de programmes, procédés et règles et, éventuellement, de la documentation, relatifs au fonctionnement d'un ensemble de traitement de données».
Les logiciels d'exploitation, d'application, les jeux-vidéos et les microcodes sont protégés par le droit d'auteur. De plus certains éléments d'un logiciel pourront à leur tour, à condition d'être suffisament originaux, bénéficier d'une manière autonome, de la protection accordée par le droit d'auteur.
Parmi les éléments protégés par le droit d'auteur on trouve le programme source, le programme objet, le cahier des charges et le cahier de spécifications, les organigrammes, les analyses organiques et fonctionnelles et dans certains cas l'aspect télévisuel.
Cependant un language de programmation n'est pas protégé par le droit d'auteur ! La Directive européenne sur la protection juridique des programmes d'ordinateur exclue spécifiquement les languages de programmation de son champ. L'auteur d'un nouveau language a alors tout intérêt à se pencher sur la possibilité de le faire breveter.
Autre chose qui n'est pas protégée par le droit d'auteur : le genre. Le genre, la catégorie ou la typologie du logiciel (comptabilité, gestion, jeux-vidéos, etc.) relève de l'idée générale, qui est libre. On ne peut pas prétendre à un monopole pour une nouvelle application d'un logiciel. Par conséquent on ne peut pas interdire le dévelopement de logiciels similaires tant que leur forme et leur expression sont différents.
- résultent d'un travail intellectuel et personel de leur créateur, allant au-delà de la simple mise en oeuvre d'une logique automatique et contraignante;
- constituent UNE OEUVRE ORIGINALE DANS LEURS CONCEPTION ET DANS LEUR EXPRESSION, ET N'EMPRUNTENT PAS A DES LOGICIELS DEJA CREES, NOTAMMENT EN LES TRADUISANT DANS UN AUTRE LANGAGE OU EN LES ADAPTANT A D'AUTRES MATERIEL OU A DES UTILISATIONS SPECIFIQUES.
Sont sans incidence sur le caractère original des logiciels:
- leur caractère esthétique ou utilitaire;
- leur intérêt ou leur utilité;
- leur nature technique (logiciels d'application ou d'exploitation).
- les auteurs de logiciels salariés ou exerçant leur activité dans des conditions de fait qui font présumer l'existence d'un lien de subordination;
- les auteurs de logiciels qui éditent eux-mêmes leur logiciel;
- les auteurs de logiciels qui concoivent ou adaptent un progiciel ou un logiciel existant, en fonction des besoins spécifiques exprimés par une clientèle déterminée, dont l'oeuvre n'est donc pas vendu au public, mais fait l'objet d'une diffusion restreinte (ex. logiciels de tenue de comptabilité, des dossiers des clients ou des fournisseurs, etc);
- d'une façon générale, tous travaux de réalisation, d'adaptation, de réécriture, d'amélioration ou de développement, qui procèdent de la mise en oeuvre d'une simple technique et ne présentent pas d'originalité particulière par rapport au savoir-faire de la profession.